Qui a le droit de nous nommer ?
Parole de la Maison 03 — Ongolo, avant la parution
Ongolo, avant la parution | 03
Il y a un moment, dans certaines familles, où l'on fait le silence avant de prononcer le nom d'un enfant pour la première fois. Parce qu'on sait que ce qui va sortir de la bouche va peser sur une vie. Le nom est plus une intention qu’une étiquette. Il peut arriver qu’il soit une prophétie. Et dans la plupart des cas , une protection.
Dans de nombreuses traditions d'Afrique centrale et de l'Ouest, le nom est donné au terme d'un rituel qui implique les ancêtres, les esprits, la communauté des vivants. Parce que l'enfant n'appartient pas seulement à ses parents, il arrive de quelque part, il est porteur de quelque chose qui le précède. Le nom dit cette appartenance. Il dit : tu viens de là, tu portes ceci, tu vas vers là.
C'est un acte de pouvoir immense. Et comme tout acte de pouvoir, il a une face cachée.
Qui a le droit de nommer ?
Celui qui conquiert comprend vite que renommer, c'est effacer. La logique est simple : un homme sans nom propre est un homme sans histoire. Un homme sans histoire est plus facile à manipuler.
Et celui qui le comprend reconquiert vite ce qui lui appartient intrinsèquement.
Beaucoup d'entre nous avons deux noms — un pour la rue, un pour la maison. Un pour les papiers, un pour les anciens. On apprend très tôt à sentir lequel prononcer selon où l'on est. Et parfois on finit par comprendre que les deux existent. Que porter deux noms, c'est peut-être porter deux mémoires. Deux façons d'appartenir au monde, qui un jour se regardent en face. Et l'une d'elles sait plus de choses sur toi que l'autre.
Note de maison
Ce que la fiction fait, c'est mettre cette question au centre, comme moteur d'exploration.
Dans Ongolo, le monde ne distribue pas les appartenances selon le sang ou la naissance. Il les révèle. Il les cherche. Et cette révélation passe, entre autres, par le nom. Le nom vrai. Celui qu'on n'a pas choisi mais qui vous choisit.
Zina, le nom empêché — le premier tome — suit une jeune femme qui grandit avec un nom qui n’est pas le sien. Et qui commence, page après page, à entendre ce qui ne peut pas indéfiniment rester silencieux.
A la fin du mois d’octobre, le livre sera disponible .
Les questions que la fiction pose finissent toujours par traverser le réel.
Si vous pensez que cette réflexion appartient aussi à quelqu'un que vous connaissez, les liens sont là.
Ongolo — Zina, le nom empêché paraîtra à la fin du mois d’octobre.
Zegi
Autrice, Les Contes de Katiopa
